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Après l'écran d'ordinateur et celui de la télévision interactive, poker, black jack, machines à sous et paris sportifs s'apprêtent à envahir celui des téléphones mobiles. En France, seuls les jeux « gratuits » - qui ne réclament pas de mise - sont autorisés quels que soient les supports utilisés (Internet, mobile, salles de jeu ou même loterie postale). Seule exception dans le paysage hexagonal, le PMU permet depuis juin d'engager les paris hippiques et de créditer ses gains sur le mobile. Une première en France.
Mais les casinotiers français enragent. Alors que leurs établissements ne leur offrent plus les profits d'antan, ils bataillent pour investir légalement les écrans de toutes sortes. Leur objectif : convaincre leurs ministères de tutelle, le Budget et l'Intérieur, de faire évoluer une législation qui protège le monopole de La Française des jeux, détenu à 72 % par l'État. À l'heure actuelle, seule l'entreprise publique offre un accès légal aux jeux en ligne via son site Internet fdesjeux.com. En avril, La Française des jeux affichait 800 000 clients sur ce site, accessible sur un téléphone portable grâce à l'Internet mobile. Mais son ambition ne s'arrête pas là. L'entreprise a investi 26 millions d'euros dans son système d'information en 2005 et devrait maintenant ouvrir sa plate-forme de jeux en ligne au téléphone mobile.
Une loi française très stricte
Techniquement, le téléphone portable pourrait se transformer en machine à sous pour tous les as du jeu payant. À chaque transaction, casinotiers et éditeurs de jeux pourraient allouer une part de leurs revenus aux opérateurs de téléphonie mobile. Mais ce rêve n'est pas prêt de se réaliser : la loi interdit la moindre mise. Même l'envoi d'un simple SMS pour participer à une loterie est considéré comme illégal. Aux yeux du juge, il s'apparente à une mise. Seule parade, « une jurisprudence prévoit que l'organisateur rembourse les frais engagés par les participants, explique Thibault Verbiest, avocat du cabinet Ulys conseil du groupe Partouche. Et proposer de rembourser n'oblige pas à le faire systématiquement... » Et les organisateurs de loteries ou de jeux via les SMS ne s'en privent pas. Mais avec un SMS surtaxé à 1 ou 2 euros, cette activité reste modeste.
Les grands noms français du jeu en ligne fulminent d'autant plus que le marché mondial du jeu d'argent est en plein essor. On estimait en 2005 que les jeux d'argent représentaient 7 % de l'ensemble des contenus sur le mobile dans le monde, soit 1,16 milliard de dollars. Mais le marché mondial du contenu sur mobile devrait presque tripler d'ici à 2010. Estimé à 15,8 milliards de dollars en 2005, il passerait à 42,8 milliards. Quelques éditeurs de jeux franchissent la ligne rouge en proposant de parier « sans frontières » sur le mobile. Comme si le téléphone et l'Internet affranchissaient leurs utilisateurs des lois nationales. Gamebookers, une filiale du leader du jeu en ligne, l'anglais Party Gaming, affiche un grand nombre de Français parmi ses clients. Tous délinquants si l'on s'en tient à la législation actuelle. « Au bout de trois mois, nous totalisons 270 000 clients inscrits et 56 000 actifs », se félicite John O'Malia, le directeur général de Gamebookers, spécialisé dans le pari sportif sur le téléphone mobile. Selon lui, 15 % d'entre eux sont français. « Ils aiment le sport, ils sont bien entraînés aux jeux en ligne grâce à La Française des jeux. Ils misent plus que la moyenne : 8 euros au lieu de 5,80 ».
Plus d'un milliard de dollars
Faute de chiffres officiels, on évalue le marché européen du pari sportif sur le mobile à un million de livres par mois. Persuadé que la loi européenne l'emportera bientôt sur les lois nationales, John O'Malia n'hésite pas à prendre les devants : « Les vieux monopoles n'ont plus d'avenir. Nous sommes dans une période intermédiaire où tout n'est pas encore décidé, mais nous estimons que nos licences nous permettent d'être utilisés par n'importe quel citoyen européen. » Mais les joueurs français qui s'inscrivent sur un site Internet de jeux payants en ligne et s'y connectent ensuite grâce à leurs mobiles pour engager des paris ne sont pas les seuls à enfreindre la loi. Leurs opérateurs sont considérés comme « complices ». Les portails Internet de Bouygues Telecom, Orange et SFR se contentent pour l'heure d'afficher des jeux qui ne coûtent que quelques SMS surtaxés. Un petit business toléré qui rapporte déjà quelques dizaines de milliers d'euros.
via : lefigaro.fr