Le troisième opérateur français lance le premier forfait illimité d'appels vers les mobiles et les fixes de France.

L'illimité est à la mode dans la téléphonie. Et dans ce registre, Bouy­gues Telecom frappe fort avec ses forfaits Neo, lancés le 1er mars. Proposant de deux à quinze heures de communications par mois à partir de 39,90 euros, ils donnent droit en plus à des appels illimités vers tous les téléphones fixes et mobiles tous les soirs entre 20 heures et minuit. Cela pour environ 5 euros de plus qu'un forfait classique.

Offre unique en France

L'objectif de Bouygues Telecom est double : concurrencer les fournisseurs d'accès Internet (Free, Neuf Cegetel, Wanadoo…) qui doivent le succès de leurs « box » à leurs offres de téléphoner gratuitement vers tous les fixes ; et affronter ses deux grands rivaux du mobile (SFR, Oran­ge) qui proposent des forfaits avec appels à volonté vers trois numéros mobiles maison. Certes, l'illimité façon Neo se borne à quatre heures quotidiennes en soirée.
Mais, selon l'opérateur, plus d'un quart des appels sont passés durant cette tranche horaire. Surtout, son offre est la seule à permettre d'appeler ad libitum tous les fixes et les mobiles dans l'Hexagone.
Et pour cause : ce cadeau peut coûter très cher. En effet, chaque opérateur fait payer aux autres l'acheminement d'un appel vers ses clients. Ce coût, dit de « terminaison d'appel », est facturé 9,5 centimes la minute par SFR et Orange à Bouygues Telecom. Ce dernier en est-il donc réduit à rogner sur sa rentabilité pour conquérir de nouveaux clients ? Les rivaux ont sorti la calculette : « Avec Neo, il suffit de douze minutes d'appel par jour vers un mobile Orange ou SFR (représentant plus de 80 % des numéros de mobile) pour que la marge sur le forfait soit réduite à zéro » , estime l'un d'eux.

Calibrée et agressive

Frédéric Ruciak, directeur du mar-ke­ting de Bouygues Telecom, est serein : « Nous ne sommes pas une entreprise philanthropique. Plus d'un million de nos clients ont souscrit à nos différentes offres illimitées et nous avons étudié les statistiques sur la répartition de leurs appels dans le temps et entre fixes et mobiles. C'est comme ces restaurants qui offrent la mousse au chocolat à volonté : tous les clients n'en ressortent pas au bord de l'indigestion ! L'offre Neo est agressive mais calibrée et elle devrait dégager une marge comparable à nos autres forfaits. » Le dernier pari de Bouygues Telecom serait-il l'un de ces coups qui ont forcé les autres à suivre, au même titre que l'invention du forfait il y a dix ans (voir graphique) ? Ou s'agit-il d'une fuite en avant dangereuse ?
Le troisième opérateur mobile français doit batailler, menacé sur le haut du marché par les deux poids lourds Orange et SFR, qui poussent les feux de leurs services multimédia 3G (grâce à leur nouveau réseau UMTS), et concurrencé sur le tout- venant par l'arrivée en fanfare des opérateurs virtuels, tels Tele2, NRJ Mobile et Virgin Mobile, qui visent certaines de ses cibles comme les jeunes (30 % de sa clientèle). Selon Martin Bouy­gues, « les performances actuelles de l'UMTS sont sans inté­rêt », et la filiale de son groupe a obtenu du régu­lateur de n'ouvrir commercialement son réseau UMTS qu'en mai 2007 sur 20 % de la population alors que SFR et Orange en couvrent 60 % déjà. En attendant, Bouygues a misé sur une technologie intermédiaire moins coûteuse.
De plus, contrairement à Orange et à SFR qui louent leurs réseaux aux opérateurs virtuels, Martin Bouy­gues refuse l'accès au sien, critiquant « ces acteurs ne correspondant à aucune réalité économique, qui ne font que conforter les opérateurs dominants ». Bouygues Telecom se limite aux licences de marque, comme celle avec Universal Mobile (400 000 clients), ou à venir, avec TF 1, qui laissent peu de marge de manœuvre aux partenaires.

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Source : Challenges