Pour sa première titularisation, Franck Ribéry a été moins en vue face à la Suisse (0-0). Parfois inhibé, à l'image de son action à la 37e minute, le Marseillais n'a pas eu la même efficacité qu'en sortant du banc. Mais n'a-t-on pas mis trop d'espoirs et de pression sur lui ?
Contrairement à Jean-Pierre Papin en 1986 ou David Trezeguet en 1998, titularisés comme lui pour la première fois en équipe de France lors d'une Coupe du monde, Franck Ribéry n'aura pas vraiment marqué les esprits. Jusqu'à sa sortie à la 70e minute, le Marseillais n'a pas apporté la percussion et l'explosivité qu'on l'avait vu offrir lors de ses entrées dans le dernier quart d'heure en matches de préparation. La chaleur qui s'abattait sur Stuttgart a peut-être pesé sur ses jambes. "Je suis satisfait de ma prestation. Sachant que la chaleur rendait les choses difficiles" , a-t-il toutefois commenté.
"Je n'ai pas eu peur. Mes coéquipiers m'ont mis à l'aise. Lilian (Thuram) et d'autres joueurs sont venus me parler", raconte-t-il. Tendu avant le match lors des hymnes nationaux, Ribéry a cependant eu du mal à rentrer dans la partie. Ça n'est pourtant pas faute d'avoir essayé. Gavé de ballons par une équipe de France qui penchait fortement à gauche et constamment encouragé par Zidane, il a beaucoup tenté... mais sans connaître de réussite. Après des premières minutes prometteuses, il s'est peu à peu fait oublier dans un milieu de terrain où il a parfois marché sur les pieds d'un Zidane rayonnant. A l'aise des deux pieds, il peut jouer à gauche mais c'est vers l'axe, où il évolue avec l'OM depuis avril, qu'il est naturellement attiré. Au final, sa feuille statistique ne révèle qu'un seul tir... non cadré (31e).
"Je n'ai pas eu peur"Mais la pression n'était-elle pas tout simplement trop forte ? Face à la Suisse, Ribéry a semblé avoir perdu de cette insouciance qui faisait sa force. A l'annonce de l'absence de Florent Malouda, on s'était presque réjoui en pensant à la titularisation de la nouvelle égérie du football français. Après une campagne de presse en sa faveur, Thierry Henry et Zinédine Zidane eux-mêmes lui avaient apporté leur adoubement. "Je l'ai déjà vu évoluer. Il démontre qu'il est bon à chaque prestation. Il peut faire plus que du bien à l'équipe de France. Mais, au-delà de ça, c'est quelqu'un qui marquera les esprits à chaque fois qu'il sera sur un terrain. Il deviendra quelqu'un de grand dans le foot", avait dit de lui Zizou la veille du match.
C'était sans doute oublier que la France ne peut pas se reposer sur un gamin de 23 ans, aussi talentueux soit-il. Encore en National il y a deux ans, remplaçant puis joker de luxe il y a seulement une semaine, le Marseillais a connu une ascension fulgurante. Trop rapide sans doute. Car on ne peut pas demander à Ribéry ce que l'on attend de Zidane ou Henry. Le nombre de ballons qu'il a reçu en début de match impressionne. Après tout, il n'avait jusque là que 54 minutes d'expérience internationale dans les jambes avant de débuter face à la Suisse. Symbole de ce manque d'audace, à la 37e minute, il a préféré servir Henry trop en retrait au lieu de tenter sa chance alors qu'il se présentait seul face à Zuberbühler.
Un joker ?Franck Ribéry ne serait-il pas plus utile dans ce rôle de joker où il avait brillé jusque là en Bleu ? Henry lui-même disait que le Marseillais était "capable de débloquer n'importe quelle situation". Il l'avait d'ailleurs démontré lors son entrée tonitruante face à la Chine (3-1). Alors que les organismes étaient marqués par l'étouffante chaleur de Stuttgart, on aurait aimé le voir sortir du banc pour faire la différence grâce à sa fraîcheur et sa fougue. Dimanche, face à la Corée du Sud, Malouda devrait reprendre sa place dans le couloir gauche. Mais rien ne dit que Ribéry sera décalé à droite. Ce dernier est d'ailleurs prêt à retrouver son rôle de remplaçant. "En tant que joueur, on aime bien débuter. Si je dois être sur le banc, je le ferai. Comme lors des trois matchs amicaux", a-t-il déjà annoncé.
Car la Ribéry-mania est peut-être retombée. Dans la fournaise de Stuttgart, le vent de folie qui suit l'ancien Messin depuis son arrivée chez les Bleus mi-mai s'est quelque peu essoufflé. Certains, les mêmes qui l'acclamaient encore hier, ne manqueront pas de rappeler qu'il lui est déjà arrivé de passer à travers lors des grosses occasions à l'image de sa finale de Coupe de France. Devant le manque d'efficacité des attaquants français, c'est désormais David Trezeguet qui est au centre de toutes les attentions. Cantonné sur le banc, Domenech lui a préféré Vikash Dhorasoo pour les ultimes minutes. Alors qu'Henry s'est souvent retrouvé en position de centreur, le buteur de la Juventus aurait pu être d'une aide précieuse. Mais le sélectionneur n'est pas du genre à se laisser influencer.