Portugal-France S’ils ne se sont jamais croisés dans un Mondial, le Portugal et la France ont néanmoins des souvenirs houleux en commun récemment. Qu’il s’agira de régler à Munich, mercredi, pour une place en finale.
Par Cédric Callier. Les échos de la rencontreIls l’ont fait ! Pour la 3e fois de leur histoire en Coupe du Monde, les Français sont venus à bout du Brésil, un exploit dont ils sont les seuls à pouvoir s’enorgueillir. Un succès obtenu sur une courte marge au niveau du score (1-0), mais avec une maîtrise impressionnante. Malgré tous leurs artistes, les Auriverde ont ainsi donné l’impression de pouvoir jouer des heures et des heures sans parvenir à prendre à défaut une défense tricolore emmenée par un Thuram de retour à son meilleur niveau. Une performance éblouissante qui cependant n’est pas synonyme, comme en 1998, d’un sacre mondial mais uniquement d’une place en demi-finale, la faute à cette maudite deuxième place en groupes qui condamnait de facto les Bleus à un parcours du combattant. En effet, après l’Espagne et le Brésil, c’est un autre gros morceau qui se présente sur la route des hommes de Domenech avec le Portugal, très certainement revanchard depuis un certain Euro 2000 où une main d’Abel Xavier avait stoppé leur rêve de triomphe en demi-finales. Sans compter que le bilan entre les deux nations tourne très largement en faveur des Bleus, une avanie à laquelle les Lusitaniens auront très certainement envie de mettre un terme ce mercredi à Munich.
Finaliste du dernier Euro organisé chez elle, la Selecçao n’a néanmoins pas laissé une énorme impression dans les stades où elle est passée depuis le début de la compétition. Solide lors de la 1ère phase dans un groupe largement à sa portée, le Portugal n’aura finalement enflammé les foules que lors des 10 premières minutes contre l’Angola, où Figo s’offrait un grand pont magique sur un adversaire avant de servir Pauleta pour l’ouverture du score, tout en s’octroyant trois autres occasions franches. Un départ en fanfare dont la suite se fait toujours attendre. Contre les Pays-Bas (1-0), on eut ainsi droit à une parodie de football, débouchant sur un record de cartons et d’exclusions. Et face à des Anglais réduits à 10 dès le début de la seconde période, les Portugais ne passaient pourtant pas loin de se faire surprendre, ne devant leur salut qu’à un Ricardo en état de grâce lors de la séance de tirs au but (0-0, 3 tab à 1). Alors le Portugal, véritable danger ou formation un brin surcotée ? A priori, on opterait plutôt volontiers pour le premier cas, à condition toutefois que Deco soit sur le terrain. Dépositaire du jeu lusitanien, le Barcelonais est indispensable au bon fonctionnement de la mécanique mise en place par l’invincible Scolari, qui n’a plus perdu dans un Mondial depuis 12 rencontres (11 victoires et un nul «victorieux» donc contre l’Angleterre). Mauvaise nouvelle pour les Bleus, après sa suspension contre l’Angleterre, Deco sera de retour et frais en demi-finale puisqu’il n’a joué que 156 minutes depuis le début de la compétition. Le sélectionneur brésilo-portugais enregistrera aussi le retour de Costinha, qui viendra compenser avantageusement l’absence pour suspension de Petit. En revanche, une incertitude pèse quant à la présence de Figo, sorti avant la fin du quart en raison d’une douleur à la cuisse gauche.
La France, elle, ne connait pas ce type d’infortune. Même si plusieurs joueurs, et non des moindres (Thuram, Vieira, Zidane, Sagnol, Ribéry…), évolueront avec la peur de voir la finale leur passer sous le nez, aucun ne manquera à l’appel pour la demi-finale. Du coup, Raymond Domenech, qui s’était déclaré si satisfait de pouvoir enfin aligner deux fois de suite la même équipe au joueur près entre l’Espagnol et le Brésil, pourra certainement réaliser la passe de trois à Munich en conservant ce 4-2-3-1 qui paraît bien parti pour convertir même les plus hérétiques. Sauf si le sélectionneur tricolore souhaite surprendre son homologue lusitanien en changeant par exemple Malouda, le moins bon français du 11 de départ contre la Seleçao, par Wiltord. Un choix qui surprendrait cependant vu l’immense activité défensive du Lyonnais, moins en réussite il est vrai sur le plan offensif. En tout cas, une chose est sûre : la bataille du milieu s’annonce primordiale et si le tandem Vieira-Makelele reste au même niveau que lors de ses deux dernières représentations, la sérénité peut être de mise dans le camp tricolore. Et si en plus Zidane ressort son habit de lumière…
Présentation du stade et de l’arbitreLe joyau munichois de l’Allianz Arena clôturera sa Coupe du Monde en accueillant la demi-finale Portugal-France. Entièrement neuf, ce magnifique stade futuriste de 66 000 places accueillera ainsi son 6e match de la compétition, après le match d’ouverture entre l’Allemagne et le Costa Rica (4-2), puis Tunisie-Arabie Saoudite (2-2), Brésil-Australie (2-0), Côte d’Ivoire-Serbie (3-2) et enfin le 8e de finale Allemagne-Suède (2-0). Pour l’anecdote, Willy Sagnol sera le seul localier de l’étape puisqu’il évolue au Bayern Munich, résidant à l’année de l’Allianz Arena.
L’arbitre de la rencontre sera l’Uruguayen Jorge Larrionda. Agé de 38 ans, le Sud-Américain dirigera la France pour la seconde fois depuis le début de la compétition, après un France-Togo (2-0) où ses décisions ne sauraient être remises en cause. En revanche, il a aussi officié lors d’Italie-Etats-Unis, rencontre pendant laquelle il a exclu trois joueurs.
La composition probable des équipesPortugal : Ricardo – Nuno Valente, Fernando Meira, Carvalho, Miguel - Costinha, Deco, Maniche - Figo, Pauleta, C. Ronaldo
France : Barthez – Sagnol, Thuram, Gallas, Abidal – Makelele, Vieira, Malouda, Ribéry - Zidane - Henry
Ils ont dit...Après ses exploits à répétition lors de la séance de tirs au but, Ricardo a confié son sentiment sur la France lors d’une conférence de presse. «Les records sont fait pour être battus, on n’avait jamais atteint une finale d’Euro avant 2004 alors pourquoi pas rééditer cet exploit ici (…) Nous sommes conscients néanmoins que ce sera très difficile, face à une très grande sélection. D’ailleurs, j’ai toujours pensé et affirmé que la France réaliserait un grand tournoi et qu’elle serait très difficile à battre. Même si Zidane est un joueur évidemment extraordinaire, il faudra se méfier de l’ensemble de l’équipe française.» Une opinion que Luiz Felipe Scolari rejoignait, ajoutant qu’«au début, cette équipe était très critiquée mais elle a progressé petit à petit. J’ai un grand respect pour cette équipe, contre qui nous avons rarement réussi mais nous allons nous efforcer de faire mentir les statistiques qui nous sont défavorables.»
Pour Raymond Domenech, le succès contre le Brésil ne déclencha qu’une joie contenue, le sélectionneur tricolore insistant sur la nécessité de ne pas s’arrêter en si bon chemin : «La Coupe du Monde ne sera réussie que pour celui qui la gagnera. Après, on pourra s’accrocher aux petits plaisirs qu’on aura eus en passant mais le vrai bonheur, le vrai plaisir d’une Coupe du Monde, c’est de la gagner.» Sur le Portugal, Domenech, dont on sait que le seul souvenir lusitanien ressemble grandement à un cauchemar (défaite en barrages contre le Portugal espoir en 2003), faisait preuve de mesure : «C’est une équipe avec des joueurs de talent qui est bien organisée, qui sait défendre, provoquer l’adversaire. On n’a pas le droit de les réduire à des tricheries. Ils savent faire autre chose et sont capables de le prouver.»
Les titres de la presse«Yes !» Après le succès contre l’Angleterre, O Jogo jubilait en Anglais dans le texte pour célébrer la qualification pour les demi-finales, alors qu’A Bola titrait «Immortels. Pour le plus grand quotidien sportif national, l’équipe de Scolari est «la meilleure sélection de l’histoire» lusitanienne. Le lendemain, deux hommes faisaient la Une : Ricardo, le gardien auteur de trois arrêts dans la série de tirs au but, et Scolari, le sélectionneur invincible qu’O Jogo veut conserver deux ans de plus. Sur la France et Zidane en particulier, la presse portugaise est unanime : les Bleus méritent amplement leur qualification. Mais pour l’instant, personne ne cherche à mettre en avant de vieilles blessures, même si A Bola rappelle que Ronaldo et Postiga ont déjà battu Domenech avec la sélection… Espoirs.
«Trop fort !» La Une du Parisien ne faisait pas dans la demi-mesure après le succès des Bleus contre le Brésil, enfonçant le clou par la suite en évoquant ces «Bleus fabuleux qui nous envoient déjà au Paradis.» Pour le supplément sport du Figaro, «la force est en eux» et une «voie royale» s’ouvre pour cette équipe de France emmenée par le «Brésilien» Zinédine Zidane. L’enthousiasme était grand aussi dans la presse régionale, comme du côté de L’Est républicain qui titrait joliment «Y’a d’la joie». Maintenant, tous les regards se tournent vers le Portugal et plus précisément la forte communauté lusitanienne d’Ile de France, qui sera partagée entre deux. Même si, au vu des différentes réactions, beaucoup devraient privilégier leur pays d’origine plutôt que celui d’adoption.
Historique des confrontations1926, à Toulouse (Amical) : France - Portugal 4-2
1927, à Lisbonne (Amical) : Portugal - France 4-0
1928, à Paris (Amical) : France-Portugal 1-1
1929, à Colombes (Amical) : France - Portugal 2-0
1930, à Porto (Amical) : Portugal - France 2-0
1940, à Paris (Amical) : France - Portugal 3-2
1946, à Lisbonne (Amical) : Portugal - France 2-1
1947, à Colombes (Amical) : France - Portugal 1-0
1947, à Lisbonne (Amical) : Portugal - France 2-4
1952, à Colombes (Amical) : France - Portugal 3-0
1957, à Lisbonne (Amical) : Portugal - France 0-1
1959, à Colombes (Amical) : France - Portugal 5-3
1973, à Paris (Amical) : France - Portugal 1-2
1975, à Colombes (Amical) : France - Portugal 0-2
1978, à Paris (Amical) : France - Portugal 2-0
1983, à Guimaraes (Amical) : Portugal - France 0-3
1984, à Marseille (Euro) : France - Portugal 3-2 ap.
1996, à Paris (Amical) : France - Portugal 3-2
1997, à Braga (Amical) : Portugal - France 0-2
2000, à Bruxelles (Euro) : France - Portugal 2-1 ap.
2001, à Saint-Denis (Amical) : France - Portugal 4-0
Bilan pour la France21 matchs joués - 15 victoires - 1 nul - 5 défaites - 45 buts pour – 27 buts contre