France: l'examen du texte sur le droit d'auteur suspendu au 17 janvier
L'Assemblée nationale a suspendu jeudi peu avant minuit, dans une certaine confusion, l'examen du projet de loi sur le
droit d'auteur, décrié sur tous les bancs des députés, qui reprendra après la reprise, le 17 janvier, des travaux du Parlement.
Les députés ont débattu de l'article 7 de ce texte de Renaud Donnedieu de Vabres (Culture), sans parvenir au terme de son examen.
Après le PS, l'UDF et le PCF dans la journée, le groupe UMP a demandé, avant la suspension des travaux, la constitution d'un "groupe de travail" pour étudier tous les aspects du problème du droit d'auteur sur internet.
Mais, surprise, les députés UMP, Thierry Mariani et Françoise de Panafieu, qui n'étaient pas présents la veille, ont pris la parole pour désavouer ceux de leurs collègues qui avaient voté, dans la nuit de mercredi à jeudi, deux amendements UMP et PS, contre l'avis du gouvernement, permettant le téléchargement sur internet, en contrepartie d'une rémunération des artistes.
Dans l'après-midi, le chef de file des députés UMP, Bernard Accoyer, s'était félicité que l'Assemblée ait démontré qu'elle n'était "pas une chambre d'enregistrement".
"Les troupes fraîches de l'UMP sont arrivées" pour "contrer ceux qui avaient fraternisé avec l'ennemi", a ironisé Jean-Pierre Brard (app. PCF).
En fin de journée, des artistes s'étaient retrouvés dans un café proche du Palais-Bourbon pour protester contre les amendements votés la veille.
L'examen de ce texte depuis mardi est chaotique, les députés, dans leur ensemble, s'accordant à le juger "mal ficelé".
Toute la séance de jeudi soir, les députés ont débattu de l'article 7, le coeur du projet, sans parvenir à l'adopter. Les débats ont été marqués par une confusion certaine et à des situations inédites, où le rapporteur du texte, Christian Vanneste (UMP), s'est retrouvé seul à soutenir un de ses amendements, contre tous les députés et le gouvernement.
Cet amendement concernait les mesures techniques de protection des oeuvres numériques. Mais, il mettait en difficulté les chaînes cryptées comme Canal + qui se seraient retrouvées en infraction. Finalement, les chaînes cryptées ont été exclues du dispositif.
L'article 7 concerne le contrôle des oeuvres numériques. Il introduit dans le droit français l'autorisation et la protection des mesures techniques empêchant ou limitant la copie de fichiers musicaux ou vidéo et la duplication des CD.
Ces dispositions provoquent une levée de bouclier des associations de consommateurs, des sociétés de gestion des droits des artistes et des syndicats, car pour eux, elles signent l'arrêt de mort des logiciels libres.
Lors du débat, les députés PCF, PS, UDF et Verts ainsi que des UMP se sont retrouvés pour mettre en garde contre les risques pour les logiciels libres.
"On crée une insécurité juridique", cet article "est nuisible pour les logiciels libres", a plaidé le président de l'UDF François Bayrou, très en pointe pour dénoncer le contenu du texte.
M. Brard a accusé le gouvernement de "donner de facto une position monopolistique aux majors" du secteur. Christian Paul (PS) a offert au ministre le livre de Lawrence Lessig, "l'avenir des idées", dénonçant la position dominante de Microsoft.
Les députés ont adopté en outre un amendement sur l'interopérabilité (capacité de deux systèmes d'échanger des données), destiné à lutter contre les pratiques "anticoncurrentielles de la part d'un fournisseur de mesures techniques". Pour la gauche, l'adoption de cet amendement revient à interdire aux logiciels libres l'interopérabilité.
source : wanadoo.fr