Tous les regards seront sur ces 2 hommes.................. surtout celui de R.Domenech......
Un choix cornélien
Raymond Domenech a peut-être donné un indice quant à son futur choix pour le poste de gardien des Bleus pour la Coupe du Monde en titularisant Fabien Barthez contre la Slovaquie mais rien n'est encore vraiment joué. Analyse du duel des deux candidats, Barthez et Coupet.
Par Gildas Devos
L’un est aussi exubérant sur le terrain que taiseux en dehors, l’autre est sobre sur le pré autant qu’il aime les micros. «Fab» le Marseillais et «Greg» le Lyonnais sont au coude à coude pour débuter la prochaine Coupe du Monde comme gardien titulaire des Bleus. Expérience, niveau actuel, régularité, personnalité, aura… Autant de paramètres avec lesquels jonglent Raymond Domenech et son adjoint Bruno Martini pour faire le bon choix. Une décision qui fera de toute façon autant grincer des dents qu’elle fera couler d’encre.
Qui c’est le plus fort, évidemment c’est… … Une bonne question. Nombre d’observateurs, même dans le camp du divin chauve, admettent qu’à l’heure actuelle, le chevelu rhodanien a dépassé le maître. Quadruple champion de France, Grégory Coupet semble avoir atteint sa plénitude depuis deux saisons. Impressionnant en Ligue des Champions, comme à Eindhoven mardi dernier (0-1) et sa parade face à Vennegoor of Hesselink en début de match, il a sans aucun doute eu un rôle essentiel dans la série européenne actuelle de l’OL. Depuis son élimination face à Porto en quarts de finale de la Ligue des Champions 2003-04, et hormis une défaite sans enjeu à Manchester l’an passé (2-1), Lyon est en effet invaincu dans cette compétition. Avec Cris et Diarra, l’ancien Stéphanois est le garant de la solidité du champion de France au plus haut niveau européen.
En équipe de France, le Gone a réussi quelques prestations de choix comme à Dublin (0-1), en Suisse (1-1) ou face à l’Allemagne (0-0). Il n’a encaissé que huit buts en dix-huit sélections, soit 0,44 par match, mais seulement trois lors de ses treize dernières capes. Depuis deux ans, il a joué presque autant de matches en bleu que Barthez (douze contre treize). Durant cette période, le Marseillais a encaissé trois fois plus de buts que son concurrent (neuf) ! La dernière sélection du champion du monde 1998, en Martinique, contre le Costa-Rica (3-2), peu de temps après son retour de suspension, restera comme l’une des plus difficiles de sa carrière, avec une sortie un peu lente face à Saborio, puis une autre à contre-temps permettant à Fonseca de doubler la mise dans le but vide. Avant sa suspension, Barthez avait quitté les Bleus sur une autre intervention ratée qui avait permis à Badier d’égaliser pour Israël, à Tel Aviv, fin mars (1-1).
Mais le gardien de l’Olympique de Marseille reste malgré tout un compétiteur exceptionnel. Même s’il possède une moins bonne moyenne de buts encaissés que son concurrent, 0,55 soit 42 buts en 76 sélections, il reste sur deux très bonnes saisons avec l’OM, depuis son retour houleux de Manchester où il avait acquis le surnom de «Fabulous Fab», avant de commettre quelques boulettes et d’être mis à l’écart par Ferguson. Déterminant en Coupe UEFA, malgré une erreur aussi inhabituelle qu’assumée face à Bolton, (2-1), il avait été très bon à l’aller (0-0), ou à Moscou face au CSKA lors de la phase de groupes (1-2) ou il se montrait décisif en stoppant un penalty d’Ignashevitch.
En championnat, depuis son retour face au PSG durant lequel sa «Schumacher» sur Kalou respectait la ressemblance jusqu’à échapper à l’arbitre (1-0), l’Ariégeois s’est montré dans l’ensemble très bon. Lors de leur dernier duel en Ligue 1, à Gerland, ni Coupet ni Barthez n’avaient pris l’ascendant, malgré les deux buts encaissés par le Provençal (2-1). Celui-ci ne s’est incliné que seize fois en dix-huit matches de Ligue 1, contre douze en dix rencontres pour son jeune remplaçant Cédric Carasso, gardien d’une défense qui manquait, il est vrai, de repères. Mais peut-être que le chaînon manquant s’appelait justement… Barthez.
Le poids de l’expérience Malgré sa forme actuelle, Grégory Coupet, qui vient d’avoir 33 ans, déplore toujours un déficit d’expérience en équipe de France, avec 18 capes contre 76. Son concurrent, bientôt 35 ans, reste sur deux Coupe du Monde et autant de championnats d’Europe consécutifs comme titulaire. Sans compter la Coupe des Confédérations 2003, ainsi que le Championnat d’Europe 1996, vécu dans l’ombre de Bernard Lama. Le Marseillais, s’il a tendance à zapper les matches amicaux, totalise 19 matches d’Euro ou de Mondial, à quatre longueurs du recordman français du genre, Lilian Thuram. Le Lyonnais doit, pour sa part, se contenter des Coupe des Confédérations 2001 et 2003, durant lesquelles il disputa trois rencontres, et de séjours sur le banc lors de l’intégralité de la Coupe du Monde 2002 et du Championnat d’Europe en 2004.
Coupet se rattrape cependant en coupe d’Europe. Le natif du Puy-en-Velay aligne cette saison avec l’OL sa septième participation d’affilée en C1. Il totalise 51 matches de Ligue des Champions et 24 de Coupe UEFA, contre 57 en Ligue des Champions, dont 37 avec MU, et 40 en UEFA pour Barthez. L’avantage reste donc en faveur de ce dernier, qui a cependant touché plus vite du doigt le haut niveau puisqu’il a disputé son premier match de coupe d’Europe à 21 ans, contre 25 pour le Lyonnais. Ajoutons que l’ancien Monégasque a remporté la Ligue des Champions en 1993 contre Milan avec l'OM (1-0) et perdu une finale de Coupe UEFA en 2004 contre Valence (2-0) durant laquelle il s’était fait expulser. Le Rhodanien doit se contenter de deux quarts de finale de Ligue des Champions, en 2004 contre Porto (2-0, 2-2) et 2005 contre le PSV Eindhoven (1-1, 1-1, 4-2 tab), et un autre de Coupe UEFA contre Bologne, en 1999 (3-0 0-2).
Enfin, Fabien Barthez totalise 396 matches dans l'élite, dont 92 en Angleterre, a remporté deux championnats avec l’AS Monaco en 1997 et 2000, autant en Angleterre (2001, 2003) et a perdu une finale de League Cup, en 2003 contre Liverpool (2-0). Grégory Coupet, quant à lui, compte 364 matches de Ligue 1, a glané les quatre derniers championnats mis en jeu et semble bien parti pour en gagner un cinquième. Il a également remporté la Coupe de la Ligue 2001 face à Monaco (2-1 a.p.) et les trois derniers Trophées des Champions. C’est donc au niveau hexagonal qu’il faut chercher pour voir le Lyonnais dominer le Marseillais.
Un choc de personnalités Les deux joueurs, qui se respectent mais ne se fréquentent pas, sont aussi différents dans leur attitude que par leur physique. Barthez, notamment depuis l’affaire du crachat sur un arbitre lors du match amical WAC Casablanca-OM qui lui valut six mois de suspension au printemps dernier, se méfie de la presse. Surmédiatisé après la Coupe du Monde 98, le natif de Lavelanet n’a cependant jamais apprécié les projecteurs et n’en a que peu joué, utilisant rarement la langue de bois, comme lorsque, dégoûté, il annonçait, il y a un an de cela, sa fin de carrière pour 2006, en fustigeant un monde du foot qu’il «aime de moins en moins. C'est de plus en plus pourri (…) Je ne resterai pas dans le milieu du foot». Aussi décontracté dans un vestiaire et sur le pré que tendu devant les micros, Barthez, dont le contrat à l’OM se termine en juin et qui n’a toujours pas été renouvelé, reste une énigme, dont l’image brouillée a semble-t-il rogné l’extrême popularité dont il jouissait il y a encore quelques mois.
Le gardien de l’OL squatte en revanche la petite lucarne, notamment depuis son intérim réussi en équipe de France. Claironnant à qui veut l’entendre qu’il serait déçu de ne pas être choisi, sous-entendant qu’il est désormais au moins au niveau du Marseillais, surfant allégrement sur les sondages positifs et les commentaires élogieux, Coupet rayonne. Souriant, disponible et direct, le Lyonnais est à l’aise devant les caméras, se révélant être la véritable star du club, du moins sur le plan médiatique. Malgré les quatre buts encaissés à Gerland face à Rennes (1-4), «Greg», livré à lui-même par ses défenseurs, semble posséder une légère longueur d’avance sur son aîné. Avoir réussi à semer le doute dans la tête du sélectionneur est déjà un petit exploit. Mais l’expérience, sa capacité à se surpasser lors des grands matches et l’aura de Barthez sur ses partenaires pourraient faire perdre son sourire au Lyonnais, si Domenech se montrait finalement conservateur dans son choix.